Le bois de rose et l’ébène d’Andranomenakely, dans la région d’Andapa, et d’Andranopasy, dans le Menabe, vont disparaître !

17 septembre 2009 par
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Ce sont les conclusions des études sur les stocks de bois de rose et d’ébène effectuées récemment par une équipe mandatée par le WWF dans la commune d’Anoviara, dans la Région de la SAVA, et dans celle d’Andranopasy, dans la Région du Menabe.

Anoviara, une commune rurale située dans le nord-est du district d’Andapa, est très connue ces dernières années pour l’exploita- tion illégale du bois de rose et d’ ébène, en particulier dans les sites d’Andasibe et de Bemaintso.

Dans la forêt de Bemaintso, l’équipe scientifique a recensé 14 espèces de bois de rose et 9 espèces d’ébène, des essences qui sont en danger, selon le statut de l’UICN. Il a été constaté que les arbres de plus de 35 centimètres de diamètre ont tous été exploités. Un tel constat prouve l’existence à grande échelle d’une pratique de coupe sélective illégale et ce, depuis plus d’une dizaine d’années. Ce qui est constaté actuellement dans la région est une accentuation du phénomène, orchestrée par les barons de l’exploitation illégale et leurs acheteurs à l’étranger. Aujourd’hui, les premières conclusions de l’équipe sont sans appel : la régénération naturelle de ces espèces et très faible sinon nulle.

Dans la forêt galerie de la rivière Andranomenakely et de ses affluents, le bois de rose et l’ébène sont purement et simplement pillés. Les enquêtes menées auprès des villageois ont révélé que, d’une manière générale, ils utilisent le bois de rose et l’ébène pour la construction de leurs cases, notamment après la saison cyclonique. Ces mêmes villageois ont aussi révélé que certains d’entre eux, mais surtout des "bûcherons" venus d’autres régions, s’adonnent à l’exploitation illégale, ceci qui explique l’importance du trafic de bois de rose et d’ébène dans la région, surtout ces derniers temps. Pire, il y a quelques mois, leurs actions s’accompagnaient de manœuvres d’intimidation à l’égard de la population.

  • D’Anoviara vers l’Asie

Les commanditaires et les exportateurs sont pour la plupart à Antalaha. Ils passent leurs commandes auprès des villageois, ou envoient carrément leurs hommes de main, et ces derniers assurent alors les travaux de coupe, de préparation ainsi que l’acheminement du bois jusqu’aux rives de la rivière Mananarabe qui traverse le village d’Anoviara. Là, les commanditaires embauchent d’autres personnes qui, elles, sont spécialisées dans le transport du bois précieux par voie d’eau. Le système est simple apparemment puisque la cargaison est arrimée à des radeaux de bambous. Ainsi, le bois est transporté jusqu’à Ambinany, près d’Antalaha. Une fois à Antalaha, le bois est acheminé par de petits bateaux à destination de Vohémar ou de Toamasina d’où ils sont exportés vers l’étranger, principalement à destination de certains pays d’Asie. La commune rurale d’Anoviara est l’un des points rouges de l’exploitation illégale de bois précieux, principalement le bois de rose et l’ébène, destinés à l’exportation. Ainsi, la rareté de la variété de bois de rose Andramena dans la forêt de Bemaintso prouve que la surexploitation a fait son œuvre : sur une superficie de 2,6 hectare, l’équipe n’a pu recenser que deux arbres !

Sur un plan général, plus de 60 pour cent de la forêt autour d’Anoviara sont dégradés par la culture sur brûlis ou encore aménagés pour les besoins de l’élevage. A leur manière, les communautés locales ont "divisé" la forêt en deux grandes parties : la partie en altitude est considérée comme une "zone de conservation" et la partie basse est transformée pour les besoins de l’agriculture et de l’élevage. C’est dans cette zone de basse altitude que les villageois prennent du bois pour la construction et pour leurs besoins domestiques. Aujourd’hui, l’écosystème forestier d’Anoviara est victime concurremment de trois pressions : l’exploitation illégale par coupe sélective, par la culture sur brûlis, et les feux de forêts.

L’étude et l’enquête sur le circuit d’exploitation et de commercialisation illégales des bois précieux dans la Région de la SAVA ont aussi révélé des aspects qui relèvent purement et simplement de l’exploitation de la situation de pauvreté de la population locale. Il a été relevé, par exemple, que les bûcherons perçoivent 5000 Ar, soit 2 Euros, par jour pour transporter les bolabola, les troncs de bois de rose ou d’ébène, des profondeurs de la forêt jusqu’aux rives de la Mananarabe. Ce travail d’acheminement se fait dans des conditions inhumaines. Il faut noter en effet qu’un tronc peut peser entre 100 kilogs et 1 tonne. A Sambava on a même découvert un tronc de 3 mètres de long sur 1 mètre de diamètre qui pesait 1,5 tonne ! Et pourtant, à Antalaha, Sambava ou à Vohémar, le prix à l’exportation de ces bois précieux n’a rien à voir avec tout ce qui se passe en amont. Nos richesses en bois de rose et d’ébène sont exportées à raison de 8,50 Euros le kilogramme !

Sur le plan administratif, Andranomanakely et Bemaitso sont des forêts domaniales et, de ce fait, ne disposent pas de statut de gestion et encore moins de plan de conservation appropriés. En dépit de cette situation, il a été relevé que les communautés locales de la commune d’Anoviara ont élaboré des Dina pour préserver la forêt. En dépit de cette organisation locale, les exploitants et leurs hommes de mains font fi de ces Dina. Il est urgent, selon les autorités administratives et traditionnelles de la commune rurale d’Anoviara, que l’on instaure officiellement des zones de conservation ou de nouvelles aires protégées.

La commune rurale d’Anoviara compte près de 9500 habitants. L’agriculture constitue l’activité principale de la population, à laquelle s’ajoutent l’artisanat et un peu d’élevage. Dans le domaine de l’enseignement, seuls 66,5 pour cent des enfants sont scolarisés et l’abandon scolaire est à un taux assez élevé, et la pauvreté en est l’une des principales causes.

Selon l’équipe de recherche mandatée par le WWF, il est impératif d’apporter un appui à la population locale afin qu’elle s’oriente vers un mode de production agricole durable, moyennant, par exemple, des appuis techniques pour améliorer le rendement agricole sur les zones de savoka. Par ailleurs, un processus d’information, de sensibilisation et de formation des villageois devrait être mis en œuvre afin de permettre, à terme, la mise en place de communautés de base pour gérer les ressources naturelles. Tout cela, bien évidemment, avec un renforcement de l’action du Service des eaux et forêts pour l’application des lois, en terme de contrôle et de répression des délits forestiers.

  • Le même mal dans le Menabe

La seconde étude entreprise par l’équipe mandatée par le WWF s’est déroulée dans la commune rurale d’Andranopasy, dans le district de Manja, dans la Région du Menabe. Cette commune est entourée de 4 aires protégées : l’aire marine protégée d’Andranopasy, le parc national de Kirindy Mitea, la zone humide et nouvelle aire protégée de Mangoky et le site de protection de l’association FITAHIA. La forêt d’Andranopasy fait partie du système forestier Mikea.

L’inventaire a permis de recenser quatre espèces de boise de rose - Dalbergia emirnensis, D. tricharpa, D. purpurescens et D. greveana - et deux espèces d’ébène - Diospyros haplostylis et D perrieri. La plupart de ces espèces, qui sont vulnérables, selon leur statut IUCN, se trouvent dans la forêt dite " à usage local " et font l’objet d’une surexploitation. Il a été constaté en effet que seuls les arbres de faible diamètre sont abondants. Cet état de chose explique que ceux d’un diamètre supérieur à 30 cm ont été surexploités, par coupe sélective. A l’heure actuelle, leur taux de régénération naturelle est très faible sinon nulle.

Certaines espèces de bois de rose et d’ébène, signalées dans des travaux antérieurs, ne sont plus présentes dans cette partie de la forêt Mikea. En effet seules 4 quatre espèces de bois de rose Dalbergia et 2 espèces d’ébène Diospyros été recensées lors de cet inventaire dans la forêt d’ Andranopasy contre une dizaine d’espèces de Dalbergia et huit espèces de Diospyros relevées lors de travaux d’inventaires antérieures effectués aux environs de la forêt de Mikea. Il s’agit d’un écart considérable qui confirme l’exploitation abusive de la forêt, dans un but commercial, laquelle est effectuée par des opérateurs économiques étrangers à la commune.

De l’avis des scientifiques, 5 espèces de bois de rose (Dalbergia trichocarpa, Dalbergia emirnensis, Dalbergia purpurescens, Dalbergia greveana) et une espèce d’ébène Diospyros perrieri sont en rupture de stock à Andranopasy. Leur régénération et leur viabilité sont vraiment très faibles.

Par rapport à l’exploitation faite par la population de la commune, c’est celle effectuée par des migrants qui est la plus destructrice car elle très sélective. Selon l’enquête menée auprès de la population, elle n’est pas impliquée dans la gestion du bois de rose et de l’ébène, pire la plupart des personnes interrogées ont déclaré "ne pas connaître la valeur économique de ces bois, tant au niveau national qu’international" ! Dans la pratique, les acteurs dans la gestion du bois précieux à Andranopasy sont seulement les présidents de fokontany, le maire et le président de l’association FITAHIA. Le terme "commerce de bois précieux" est évité par l’administration locale. Pourtant, l’enquête effectuée auprès de la population a révélé que 1000 pieds de palissandre ont été coupés illégalement dans la forêt d’Andranopasy en 2006 !

La forêt d’Andranopasy est sous la juridiction du Cantonnement Forêt de Manja, qui est cependant très loin, et ne dispose même pas de moyens ! Par ailleurs, une grande majorité des membres des communautés de base d’Andranopasy ont un niveau de connaissance relativement bas et leurs cahiers de charges devraient être révisés, notamment en matière de procédure et de droits d’usage.

Source : WWF Madagascar


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